“Alors qu’elle doute de sa place dans la mondialisation et se vit parfois comme une déclassée, la République française peut au moins s’enorgueillir de son réseau diplomatique, reflet d’une ambition universelle intacte.” Celui-ci compte plus d’ambassades – 160 – que le Royaume-Uni et l’Allemagne, à peine moins que les États-Unis. Une ambition planétaire : le réseau diplomatique de la France se doit d’être à la hauteur de son statut de membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Franck Renaud, journaliste vivant et travaillant au Vietnam depuis dix ans, s’est penché sur le fonctionnement du Quai, mais depuis l’extérieur – l’ambassade, “pièce expatriée du puzzle de l’administration des Affaires étrangères”.
Revenant sur les splendeurs et les misères de la diplomatie française, plus vieux corps diplomatique après le Foreign Office, au cours d’une enquête fouillée, riche en témoignages, anecdotes et documents annexes – l’instructif barème d’indemnités de résidence des ambassadeurs de 2001 –, il ausculte le ministère – en guerre ouverte avec Bercy, dont dépend son financement – analyse la population des ambassadeurs, dont les carrières dépendent aussi des réseaux internes – énarques contre cadres d’“Orient”– et des sensibilités politiques. Les femmes ambassadrices se font rares (12 %) : “Ce sont plutôt les postes prestigieux et non les postes périlleux qui leur sont pour l’instant fermés !”
Franck Renaud ouvre tous les placards : des dangers de l’externalisation des services administratifs et de la délivrance des visas, en Chine en particulier, en passant par les vases en porcelaine de Sèvres et les tapis d’Aubusson décorant les résidences qui s’évanouissent dans la nature, jusqu’aux diplomates “ripoux” et l’embarrassante gestion de pédophiles avérés… Une enquête tellement haute en couleur que, selon Le Point du 17 juin, le ministère aurait donné des instructions pour interdire qu’il soit commandé par les médiathèques des ambassades et des centres culturels français…
Nouveau Monde éditions, collection “Les enquêteurs associés”, 280 pages, 21 euros.











