C’est sans doute le portrait le plus authentique du sarkozysme que brosse Martin Hirsch. L’ancien haut commissaire aux Solidarités actives, qui a quitté le gouvernement au lendemain des régionales, livre les "secrets de fabrication" du revenu de solidarité active (RSA). Tout en s’expliquant sur ses choix, l’ancien haut fonctionnaire décrit aussi le cœur de l’action politique : le lecteur n’échappe pas à une radiographie du processus de réforme, qui met en lumière les freins et les lenteurs. La narration d’une course d’obstacles d’autant plus savoureuse que Martin Hirsch doit convaincre, pendant ses "années" Sarkozy, la droite de soutenir une mesure empreinte d’une idéologie qu’elle vitupère – l’assistanat, revu et corrigé.
L’ancien juriste du Conseil d’État ferraillera jusqu’au bout pour que l’engagement du Président soit tenu : "Tu les auras", s’était en effet engagé Nicolas Sarkozy, à propos des 2 à 3 milliards d’euros nécessaires à la réalisation du RSA, devant le président d’Emmaüs pour le convaincre d’accepter d’entrer au gouvernement. L’ouvrage restitue bien l’itinéraire de la réforme. Martin Hirsch avait une idée très précise de la méthode à employer : on expérimente et après on généralise.
Car l’ex-président d’Emmaüs n’est pas un simple commis voyageur de l’ouverture : il a mené dans les années 1990 et 2000 de lourds et longs combats, vendant, au gré des changements de gouvernements, ses idées. De Jacques Barrot – dont il a été directeur adjoint de cabinet pendant un jour ! – à Dominique de Villepin, en passant par Philippe Douste-Blazy et Martine Aubry, il a proposé ses expérimentations à qui voulait l’entendre. L’occasion aussi pour lui, dans ces années-là, de se frotter au lobbying parlementaire. Quand il intègre le gouvernement Fillon, il connaît donc tout de la comédie du pouvoir, de la propension sans limite des administrations à défendre leur souveraineté ou des lâchetés des politiques, qui toutes conjuguées, empêchent de voir aboutir une réforme que sur le papier, tout le monde applaudit.
Didactique, pédagogique, Martin Hirsch réussit à convaincre de sa bonne foi, en démontrant, parcours à l’appui, et aussi incompréhensible que cela puisse paraître, que l’on peut rester homme de gauche dans un gouvernement de droite.
Grasset, 308 pages, 18 euros.











