La question posée dans le titre de cet ouvrage, publié avant les élections régionales, est plus que jamais d’actualité. Le rassemblement écologiste né fin 2008 se trouve en plein débat sur son avenir et sa nécessaire "métamorphose" en vue de la prochaine présidentielle.
Les auteurs de cette enquête menée "de l’intérieur" ne cachent pas leur parti pris : Jean-Luc Touly, juge prudhomal, est membre d’Europe Écologie et a déjà coécrit avec Roger Lenglet, philosophe et journaliste, des ouvrages sur la corruption et le lobbying en matière d’environnement.
Après des décennies d’émiettement, la mouvance écologiste peut-elle enfin émerger sur l’échiquier politique ? La genèse d’Europe Écologie telle que la décrivent les auteurs permet de le penser, tant cette "naissance improbable" tient déjà du miracle. L’idée d’un large rassemblement, soufflée à Daniel Cohn-Bendit par Noël Mamère lors des journées d’été des Verts d’août 2007, se répand au gré des rencontres et emporte l’adhésion des leaders écologistes français, de Nicolas Hulot – impliqué par membres de sa fondation interposés – à José Bové. Le grand fédérateur Cohn-Bendit parvenant même à rallier Eva Joly sous le nez de François Bayrou.
Le succès que l’on connaît aux européennes de 2009 a raison des railleries sur ce "mariage de carpes et de lapins", mais donne surtout à une formation désormais forte de 14 eurodéputés l’occasion de se confronter à l’épreuve du pouvoir. On découvre combien la tâche est ardue. Car le programme d’Europe Écologie, opportunément résumé en annexe de l’ouvrage, est proprement "révolutionnaire" (initier la conversion de divers secteurs industriels vers un modèle "vert", instaurer un revenu minimum et un "revenu maximum acceptable", proscrire les OGM, éradiquer les paradis fiscaux, etc.) et donc en butte à moult réticences, pas seulement au sein de l’hémicycle européen : "Les « veilleurs » des organisations de lobbying scrutent discrètement les intentions des eurodéputés (…) pour le compte des multinationales. Ils ont une conscience aiguë de l’incompatibilité de leurs projets commerciaux avec ceux d’Europe Écologie."
Reste un pari fou : en dépit de ces nombreuses adversités extérieures, mais aussi des divergences entre les deux pôles (Verts et non-Verts) qui composent Europe Écologie, bâtir une alternative.
First éditions, 230 pages, 16,90 euros.











