Encore un livre sur les années Mitterrand ! On pensait avoir fait le tour des deux septennats, de l’essentiel à l’accessoire, du compte-rendu au pamphlet, mais il manquait celui qui nous fait pénétrer à l’Élysée, à la fin du règne. Bien loin du Dernier Mitterrand de Georges-Marc Benamou publié en 1997, Le dernier mort de Mitterrand revient sur cette période à travers un homme, ami, conseiller de l’ombre, François de Grossouvre, qui se suicida dans son bureau, à l’Élysée, un an avant la fin du mandat du Président.
Un personnage de roman au destin tragique qui, sous la plume de Raphaëlle Bacqué, nous plonge dans le monde cruel des courtisans, des copains et des coquins. Si le style est volontiers romanesque, l’enquête est solide. La journaliste du Monde a interrogé une cinquantaine de personnes qui ont bien connu Grossouvre. Loin des hypothèses fumeuses sur un assassinat, le livre retrace le parcours de cet homme riche, élégant, pétri de bonnes manières, passionné par les femmes et la chasse, tombé "amoureux" de François Mitterrand. Il finança ses campagnes et eut l’idée de fonder la société Urba Gracco, chargée de trouver de l’argent pour le PS.
Cet ami, très vieille France, farouchement anticommuniste, partagera le plus grand secret de Mitterrand, sa double vie avec Anne Pingeot et la naissance de Mazarine, dont il sera le parrain. Il logera d’ailleurs dans le bâtiment de la présidence, quai Branly près de la tour Eiffel, dans l’appartement situé juste au-dessus de la deuxième famille du chef de l’État. Un appartement qui sera fouillé par les gendarmes de l’Élysée avant l’arrivée de la police judiciaire le soir même de la mort de Grossouvre…
Raphaëlle Bacqué fait revivre le parcours de cet homme d’abord flamboyant, puis pathétique au fur et à mesure que ses relations avec François Mitterrand se dégradent. Moqué par les proches du Président, puis par le Président lui-même, il préférera en finir, se voyant vieillir et perdre son influence.
Grasset Albin Michel, 238 pages, 19 euros.











