Cassandre a donc encore frappé. "Dominique Strauss-Kahn ne sera jamais président de la République" puisqu’il ne participera pas à la guerre de Troie en 2012. C’est la thèse de l’ouvrage DSK, les secrets d’un présidentiable. Cette charge anonyme, qui s’emploie à démonter la figure de l’homme providentiel, a donné lieu à une couverture médiatique disproportionnée et pour tout dire ridicule, soigneusement alimentée par une querelle entre l’éditeur et les proches du futur "non-candidat". Mais que ce livre soit l’œuvre d’une repentie du "gang" – le surnom donné par l’auteure aux communicants de DSK, dont elle jure avoir fait partie –, d’une journaliste, comme l’attestent ces derniers, ou qu’il ait été écrit par les proches du directeur général du FMI eux-mêmes afin de dégonfler deux ans à l’avance les attaques contre leur champion tout en orchestrant un formidable buzz médiatique destiné à contrecarrer l’entreprise "aubryste", l’ex-locataire de Bercy n’en ressort pas grandi.
Il y a d’abord un récit peu glorieux mais imprécis des trois dernières années en "strauss-kahnie", qui voient s’activer "un petit groupe de fidèles, à la lisère de la politique, du lobbying et des médias", machiavélique et aveuglé par le retour du prodige social-démocrate, et qui profite de la complaisance – pour ne pas dire plus – de certains journalistes de rédactions parisiennes "amies" soucieux d’entretenir la "flamme" Strauss-Kahn à coups d’artefacts sondagiers.
Il y a surtout, en creux, le portrait au vitriol d’un homme, ou d’une certaine gauche, c’est selon, qui n’aurait plus rien à voir avec le peuple. Son parcours, sa vie privée, ses amitiés, ses relations, ses soutiens : rien n’est épargné à l’ancien édile de Sarcelles. À cet égard, la narration – succincte mais stupéfiante – de la période 1993-1997 est particulièrement cruelle. C’est l’époque où DSK n’est déjà plus ministre délégué à l’Industrie de Pierre Bérégovoy et pas encore ministre de l’Économie de Lionel Jospin. Pour irriguer sa traversée du désert, ses amis créent le Cercle de l’industrie, auquel adhèrent des grands patrons : "Le ticket d’entrée est fixé à 200 000 francs de l’époque. (…) Ce discret lobby va rassembler presque tous les caïds du CAC 40 qui prétendent ne pas savoir comment défendre leurs intérêts à Bruxelles", accuse Cassandre.
Curieusement, ce réquisitoire sans appel n’a fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire de la part des proches du directeur général du FMI, lesquels veillent pourtant scrupuleusement sur son image… Entre prophétie et dénonciation, Cassandre devrait laisser les électeurs potentiels du Parti socialiste perplexes, sinon circonspects.
Plon, 204 pages, 18,90 euros.











